La neutralité autoproclamée est le geste par lequel un auteur déclare sa propre position apolitique : « c’est de l’arithmétique », « c’est du bon sens », « les chiffres parlent d’eux-mêmes ». Le procédé fonctionne en général en deux temps. D’abord une prémisse que presque personne ne conteste, souvent une règle de manuel. Ensuite tout un programme est chargé dessus, comme s’il découlait de la règle aussi mécaniquement que la règle découle d’elle-même. Avoir des opinions n’est pas le problème : une tribune est faite pour en avoir. Le tour tient à l’étiquette. Une position dite « pas idéologique » est mise à l’abri de la discussion, et quiconque n’est pas d’accord se retrouve dans le rôle de l’idéologue.

Le test : séparer la prémisse de la conclusion et se demander si quelqu’un pourrait accepter la première et rejeter la seconde sans commettre d’erreur. Si c’est le cas, la conclusion est un jugement, et l’appeler un calcul est une façon de ne pas la défendre.