L’adoption du vocabulaire chargé, c’est un mot de combat qui appartient à un camp et qui réapparaît dans la voix propre d’un article. Le mot a été forgé pour argumenter : une opposition parle de « raid » fiscal, un gouvernement qualifie un projet de loi de « radical », un parti décrit des dépenses qui « gonflent ». Entre guillemets, c’est une prise de position, et le lecteur peut juger qui la porte. Dès que la narration l’emploie sans attribution, il se lit comme une description. Rien de faux n’a été ajouté. Le média a simplement fait sien le cadrage d’un camp, et le lecteur rencontre la conclusion avant les faits qui permettraient de l’éprouver.

Ce n’est pas l’euphémisme blanchi, où un langage officiel adouci est répété jusqu’à paraître neutre : ici le mot est dur, et il vient d’un acteur du conflit. C’est aussi le miroir de la quarantaine d’attribution, qui ne laisse un mot qu’entre guillemets pour un seul camp : l’adoption, elle, laisse sortir le mot d’un camp.

Le test, c’est la provenance. Repérez le mot le plus chargé de la narration et demandez-vous qui l’a employé le premier. Si c’est l’une des parties de l’histoire, le média ne décrit pas le différend. Il y a pris part.