La suppression du modal est le retrait d’un verbe de précaution, en général « pourrait » ou « pouvait », entre le corps d’un article et son titre. Le corps garde la nuance parce que l’affirmation sous-jacente est une possibilité, pas un événement documenté ; le titre la retire parce qu’une possibilité se vend moins bien qu’un fait. Le verbe modal est le seul endroit de la phrase où un peut-être et un constat restent encore distinguables. On le supprime, et le peut-être se lit comme le constat.
- Un titre annonçait : « Beijing Uses Tractors to Spy on UK Food Security » (« Pékin utilise des tracteurs pour espionner la sécurité alimentaire britannique »), au présent, voix active, adversaire nommé. Quatre paragraphes plus loin, dans le même article, l’affirmation réelle, tirée du rapport d’un groupe de pression, était que des acteurs liés à un État « could exploit » (« pourraient exploiter ») les tracteurs équipés de GPS pour surveiller les récoltes. Aucun incident d’espionnage agricole n’apparaissait nulle part dans l’article. Le titre avait fabriqué une opération en cours en supprimant un seul mot que la plupart des lecteurs ne verront jamais retiré, puisque la plupart des lecteurs n’atteignent jamais le quatrième paragraphe.
- Une variante cousine vit à l’intérieur d’un seul article, pas seulement entre le titre et le corps. Un article de sondage sur une élection présidentielle française gardait chaque chiffre au conditionnel : la candidate « réunirait » 60 % des suffrages, l’écart « deviendrait » vertigineux. Mais le récit autour de ces chiffres, lui, était à l’indicatif dès sa première phrase : « le verrou est en train de céder », un « déplacement profond » a eu lieu. Les chiffres restaient prudents ; le récit qui les entourait avait déjà tranché.